J'aimerai tellement vous dire que j'ai adoré ce film, mais il n'en est rien… L'autre soir, j'ai vu La Loi du Marché, avec Vincent Lindon (acteur que j'adore, en bonne place dans mon panthéon personnel des comédiens au charme indéfinissable qui me font craquer…). Et bien je suis ressortie hyper déçue : Vincent, je suis désolée, mais je ne comprends pas pourquoi tu as eu ce prix d'interprétation à Cannes (tu aurais du l'avoir pour Welcome à mon avis, mais si tu veux, on peut en discuter…). Tu n'as pas de dialogue et tu prends tout le film ton air renfrogné et taiseux : bon ça tu le fais parfaitement, mais de là à avoir un prix. Tu ne dis rien, même pas à ta femme, tu n'envoies pas chier ta banquière qui pourtant mérite des claques. Y'a qu'avec ton conseiller pôle emploi et tes ex-collègues que tu causes un peu… Quand tu claques la porte à la fin, même pas un petit coup de gueule. Pourtant, c'est là que cela aurait été intéressant : comment justifier ce choix quand on est dans la merde financièrement, devant sa femme, son fils, sa banquière, son conseiller pôle emploi justement ! Mettre des mots : parler du refus de la complicité, de droiture, de respect… Bon franchement, ce n'est pas de ta faute : tu n'as pas été super bien servi par le réalisateur et, à ta décharge, tu fais très bien le job. Parlons-donc maintenant de Stéphane Brizé : le sujet aurait pu être intéressant, avec le cas de conscience de ce vigile obligé de fliquer les caissières et de les dénoncer… Mais là c'est maladroit, la dénonciation des méthodes de management que subissent beaucoup de français est, à mon avis, beaucoup plus féroce dans le film des frères Dardenne Deux jours, une nuit. Sinon, Brizé en rajoute des tonnes dans le pathos avec le fils handicapé, c'est long avec des scènes qui s'étirent (la vente du mobil-home, le cours de danse…) et ce n'est pas très bien filmé (avec des cadrages très déroutants). Si la plupart des comédiens sont des non-professionnels, ce n'est pas non plus un documentaire et rien ne justifie ces maladresses. La caméra bouge tout le temps et il y a même parfois des objets en premier plan qui parasitent l'image (le summum est atteint lorsque le couple danse dans le salon). Il y a quand même eut une standing ovation à Cannes ! Peut-être que les bobos des projections cannoises ont eu l'impression de comprendre ce que malheureusement des millions de français vivent au jour le jour (cela a dû les émouvoir)… Je suis sévère, mais c'est à la mesure de ma déception.

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Sinon, quatre petites lectures printanières

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Une petite histoire rapide et bien ficelée :
Ruffin, un excellent conteur au style clair et efficace.

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La dernière BD de Manu Larcenet :
une histoire et un graphisme sombres : du grand art.

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Luz raconte à la manière d'un journal intime l'après-attentat :
avec beaucoup de sensibilité, d'auto-dérision, d'amour et d'humour.

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À travers le destin de Limonov, dandy, poète, clochard, révolutionnaire, fasciste russe que l'on suit à Moscou, aux États-Unis, à Paris, dans les Balkans, puis en ex-URSS, Carrère raconte aussi l'histoire de l'Union soviétique depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C'est cet aspect du livre le plus intéressant à mon avis, car dans la première partie Limonov exaspère un peu (il m'a fait penser à Platonov, fort en gueule aux révoltes creuses, et qui ne rêve en fait que de gloire).